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Accéder à ses droits : le parcours souvent invisible des familles migrantes

Derrière chaque enfant scolarisé, chaque naissance déclarée et chaque démarche aboutie se cache une histoire de persévérance, de solidarité et d’accompagnement. Témoignages de familles migrantes dont les parcours illustrent l’importance de la proximité pour construire des communautés plus inclusives et résilientes.

Pour de nombreuses familles migrantes, quitter son pays est souvent motivé par une même aspiration : offrir de meilleures perspectives d’avenir à ses enfants. Pourtant, une fois arrivées dans un nouvel environnement, elles se heurtent à des obstacles parfois invisibles mais bien réels : méconnaissance des procédures, barrières linguistiques, isolement, difficultés administratives ou encore manque d’information sur les services disponibles.

Ces défis peuvent retarder, voire compromettre, l’accès à des droits fondamentaux pourtant essentiels au développement et à la protection des enfants. Qu’il s’agisse de l’inscription à l’école ou de l’enregistrement à l’état civil, chaque démarche représente bien plus qu’une formalité administrative : elle conditionne l’accès à d’autres droits et participe à l’inclusion sociale des familles.

À travers le projet Voies Migratoires, Voix Migrantes (VM2), financé par l’Union européenne, Migrations & Développement, en partenariat avec Humanité & Inclusion, accompagne les personnes migrantes grâce à une approche communautaire de proximité. Les animateurs communautaires jouent un rôle de passerelle entre les familles et les services essentiels, en facilitant l’information, l’orientation et l’accompagnement vers les droits.

Le droit à l’éducation : permettre aux enfants de poursuivre leur parcours

L’accès à l’école constitue l’une des premières préoccupations des parents migrants. Pourtant, les démarches d’inscription peuvent rapidement devenir un véritable parcours du combattant lorsque l’on ne maîtrise pas les procédures ou que l’on manque de repères dans son nouvel environnement.

Arrivée au Maroc il y a deux ans avec sa fille de 11 ans, Hawaa,  une mère originaire de Guinée Conakry espérait avant tout offrir un avenir meilleur à son enfant. Diplômée en économie et ayant travaillé dans l’administration dans son pays d’origine, elle ne s’attendait pourtant pas aux difficultés rencontrées pour accéder à un droit aussi fondamental que la scolarisation.

Malgré ses nombreuses démarches auprès d’établissements scolaires, les obstacles se multiplient et les mois passent sans que son enfant puisse rejoindre les bancs de l’école.

« Je voulais simplement que ma fille puisse continuer ses études. , c’était très difficile. »

La rencontre avec un animateur communautaire du projet VM2 va progressivement débloquer la situation. Grâce à un accompagnement personnalisé, à la médiation avec les acteurs éducatifs et au suivi des démarches administratives, sa fille est finalement admise à l’école, après un test de ses prérequis.

Au-delà d’une inscription réussie, cette étape représente un véritable soulagement pour la famille.

« Maintenant, je pars travailler l’esprit tranquille. Je sais que ma fille est à l’école et en sécurité. »

Son histoire rappelle que derrière chaque enfant scolarisé se trouve souvent un parcours semé d’obstacles, mais aussi l’importance d’un accompagnement adapté pour garantir l’effectivité du droit à l’éducation.

Le droit à l’identité : une étape essentielle pour protéger l’avenir des enfants

Dès la naissance, l’enregistrement à l’état civil constitue une étape fondamentale pour la reconnaissance juridique de l’enfant et l’accès à son  droit à l’identité[1]. Pourtant, pour de nombreuses familles migrantes, cette démarche demeure complexe en raison du manque d’information, des barrières linguistiques ou de l’absence de réseau de soutien.

Originaire de Guinée, Madame Mamadama découvre sa grossesse peu après son arrivée au Maroc. Loin de sa famille et confrontée à un environnement qu’elle connaît encore peu, elle doit faire face seule à de nombreuses interrogations concernant sa santé et l’avenir de son enfant.

Grâce à l’accompagnement d’un animateur communautaire du projet VM2, elle bénéficie d’un suivi tout au long de sa grossesse, puis d’un appui pour les démarches nécessaires à l’enregistrement de son enfant à l’état civil.

« Je pensais que j’étais seule et que je ne pourrais jamais y arriver. Aujourd’hui, je sais qu’il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Quand quelqu’un vous tend la main, cela peut changer toute une vie. » Son parcours illustre combien un accompagnement de proximité peut contribuer à lever les obstacles qui empêchent l’accès aux droits les plus fondamentaux.

Joslyne, mère ivoirenne (3)

Cette réalité est également celle de Madame Joslyne. Après la naissance de son enfant, elle se retrouve confrontée à des procédures administratives qu’elle ne connaît pas. Grâce à l’accompagnement reçu, elle parvient à enregistrer son enfant à l’état civil et à obtenir les documents nécessaires. « Je ne connaissais pas les démarches. Sans aide, cela aurait été très difficile pour moi. »

Mais son histoire ne s’arrête pas là. Forte de cette expérience, elle est aujourd’hui devenue une personne ressource au sein de sa communauté. Elle accompagne à son tour d’autres femmes migrantes en partageant les informations et les conseils qu’elle a acquis au fil de son propre parcours.

Son engagement illustre toute la force de l’approche communautaire : lorsqu’une personne accède à ses droits et renforce ses capacités, elle peut à son tour devenir actrice du changement et contribuer à renforcer la solidarité au sein de sa communauté.

Faire des droits une réalité pour toutes et tous

Ces parcours témoignent des défis auxquels sont confrontées de nombreuses familles migrantes, mais aussi des solutions qui peuvent être mises en œuvre lorsque l’information, l’accompagnement et la proximité sont au rendez-vous.

En facilitant l’accès des personnes migrantes aux services essentiels et en renforçant leurs capacités d’action, le projet VM2 s’inscrit dans la dynamique de la Stratégie nationale de l’immigration et de l’asile et contribue à rendre effectifs les droits des familles migrantes et de leurs enfants.

Car derrière chaque démarche accomplie se trouvent des parcours de courage, de résilience et d’espoir. Et derrière chaque personne accompagnée se construit souvent une nouvelle chaîne de solidarité capable de bénéficier à toute une communauté.

[1] Le droit des enfants à l’identité est un droit fondamental garanti par les articles 7 et 8 de la Convention internationale des droits de l’enfant.